J'aimerais savoir ce qu'on veut au cannabis Qui me prêta son nom et ses graines chènevis ? Sa culture interdite me prive de vivrière. Il ne me reste que les cistes et les cardères.
M'avez-vous déjà vu, quand plus léger que l'air, Je me pose, voletant, sur quelque capitule De chardon dont la tige sous mon poids capitule. Le jaune de mes ailes illumine d'éclairs.
Quand arrive l'hiver, je fais de grandes bandes Avec des linottes, cannabinières aussi, Qui n'en font qu'à leur tête et n'ont aucun souci. Elles traversent l'espace en grande sarabande.
Aussi, écoutez bien ce cri qui nous unit. Il est fait de trois notes et dans la Teutonie, Il nous vaut notre nom : Stieglitz, Stieglitz… Quant à mes symphonies, ni Chopin, ni Franz Liszt, Ne nous arrivent au tarse, n'ont pas ma fantaisie. Il nous arrive aussi de former des chorales Remplissant l'air d'été de toutes nos mélodies.
Vous aurez remarqué, nos femelles et nos mâles, Se ressemblent beaucoup et même parfaitement. Pourtant nous sommes fidèles. Nos pariades discrètes Sont autant de baiser qu'on échange souvent Posés l'un contre l'autre, dans l'arbre, sur le faîte. Je sais aussi danser à la manière indienne. (Enfin, je crois, pour ça, faudra qu'on me renseigne).
J'ouvre à demi les ailes et étale la queue, Me raidis et pivote sur mes pattes fléchies, Je relève la tête et pousse de petits cris. Il paraît que ça me donne un air belliqueux.
Je ne fais que le clown, car j'en ai le nez rouge. Je suis à la fois calme et plutôt tolérant. Jamais je ne me rue sur le premier qui bouge. J'ai beaucoup trop à faire, car j'attends mes enfants Que ma femelle couve dans un superbe nid : Une coupe profonde d'herbes et de racines, De fils d'araignées, de crins, de mousses, garni, D'aigrettes composées et même de papier. Remarquez ce chef d'œuvre… Avouez qu'il vous fascine. Il est quand même plus beau que les cages Corbusier !